En octobre, j’ai fêté un anniversaire particulier : 10 années en tant que nomade digitale. Cette année, j’ai passé cet anniversaire en Corée du Sud, où je venais d’arriver quelques jours plus tôt. D’habitude, je travaille les dimanches, mais ce jour-là, j’ai décidé de faire une pause. Plutôt que de tenir des consultations ou de répondre à mes emails, j’ai passé la journée tranquillement sur la plage et terminé la soirée dans un bon restaurant.

Quand j’ai commencé ma vie de nomade digitale il y a dix ans, je n’imaginais pas le chemin que j’allais faire. Une décennie de découvertes, de travail depuis n’importe quel coin du monde, et de croissance personnelle et professionnelle s’est écoulée – et aujourd’hui, je réalise combien chaque détour a contribué à cette aventure.

Pour marquer cet anniversaire particulier, je souhaite partager avec vous quelques-uns des moments les plus marquants et significatifs de ma vie nomade, ainsi que les précieuses leçons que j’en ai tirées.

 

 

10 ans de nomadisme digital : Leçons d’une décennie en tant que nomade digitale

Photo prise par mon assistante Charlotte lors d’une visite à Montréal en 2022

 

 

1. Pour travailler en ligne, il faut Internet

 

L’une des premières leçons que j’ai apprises, c’est qu’une connexion Internet stable est une condition absolument essentielle pour travailler en tant que nomade digitale. Cela semble évident, non ? Pourtant, dans certains coins reculés du monde, l’accès à Internet est loin d’être garanti – c’est même un luxe.

Pendant un temps, j’ai loué un bungalow avec vue sur la mer sur une petite île idyllique en Thaïlande. Cela semblait être l’endroit parfait pour une nomade digitale – du moins, c’est ce que je croyais. Mais à chaque fois qu’une tempête se levait, l’île se retrouvait coupée du monde : pas de ferry, pas d’Internet – et donc aucune possibilité de tenir mes consultations ou de répondre à mes emails.

Autant j’ai adoré mon séjour sur cette île, autant cette expérience m’a appris que les lieux isolés ne sont une bonne option que si l’on souhaite vraiment déconnecter. Aujourd’hui, je veille toujours à me rendre dans des régions où la connexion est fiable, sauf si je prévois volontairement une pause.

 

 

2. Parfois, mieux vaut garder le silence

 

Pendant mon séjour en Thaïlande, j’ai décidé d’apprendre à plonger et j’ai rapidement réservé une croisière plongée. La journée, nous explorions les eaux cristallines, et le soir, nous partagions nos histoires de voyage sur le bateau.

Évidemment, la question des professions est rapidement arrivée, et j’ai mentionné que j’étais psychologue. Cela s’est vite avéré être une erreur. L’un des participants a gardé ses distances avec moi le reste du séjour, comme s’il craignait que je puisse lire ses secrets les plus sombres pendant les briefings de plongée. Il s’est installé à l’autre bout du bateau, ce qui a suscité quelques regards interrogateurs.

D’autres, en revanche, ont vu ma profession comme une invitation à partager leurs histoires de vie. Entre deux plongées, les conversations légères se transformaient soudain en séances de thérapie improvisées. Je me retrouvais à écouter des problèmes relationnels ou des souvenirs d’enfance, tout en essayant d’enfiler ma combinaison de plongée.

À la fin de ce voyage, j’ai appris une leçon précieuse : parfois, il vaut mieux garder pour soi sa profession, surtout lorsqu’on passe plusieurs jours en huis clos avec des inconnus.

 

 

10 ans de nomadisme digital : Leçons d’une décennie en tant que nomade digitale (Koh Tao)

Mon chez-moi pour quelques mois : l’île de Koh Tao en Thaïlande

 

 

3. Un détour au Cambodge

 

Avec un ami d’Allemagne, je voyageais de la Thaïlande vers le Cambodge. Nous avions acheté nos billets sur place, mais à cause de la barrière linguistique, nous n’avons pas pu les lire correctement. Nous sommes donc montés dans un minivan qui, soi-disant, devait nous amener à la frontière nord – ou du moins, c’est ce que nous pensions.

Très vite, nous avons réalisé que quelque chose n’allait pas. Après quelques conversations avec les autres passagers, nous avons compris que nous nous dirigions vers une toute autre frontière – dans la direction opposée de notre destination initiale. À cette époque, les eSIM, le GPS et les connexions Internet permanentes n’étaient pas encore monnaie courante. Nous étions donc sans aide numérique.

En nage et complètement stressés, nous avons décidé de descendre à la prochaine ville. De là, nous n’avions pas d’autre choix que de prendre un taxi privé pour nous rendre à la bonne frontière. Ce détour a été non seulement éprouvant, mais aussi assez coûteux pour les standards thaïlandais. Pourtant, aujourd’hui, je repense à cette expérience avec un sourire – c’est l’un de mes souvenirs de voyage préférés.

Voyager est bien plus simple aujourd’hui grâce aux eSIM et au GPS, ce que j’apprécie énormément. Mais parfois, ces petites aventures imprévues me manquent – elles apportaient un véritable sentiment d’aventure. Ce sont souvent ces contretemps inattendus qui deviennent les moments les plus inoubliables et que j’aime raconter encore et encore.

 

 

4. Même les nomades digitales ont besoin de vacances

 

Une idée reçue courante sur la vie de nomade digital·e est que nous sommes constamment en vacances. Mais la réalité est tout autre. Être en déplacement permanent, s’adapter sans cesse à de nouveaux fuseaux horaires et aux coutumes locales, tout en travaillant et en gérant les tâches quotidiennes, peut être tout aussi exigeant que n’importe quel autre mode de vie – voire plus. Et pourtant, beaucoup d’entre nous sont tellement immergé·es dans leur travail qu’ils·elles oublient souvent à quel point de vraies pauses sont essentielles.

Au début de ma carrière en tant que thérapeute en ligne, j’ai réalisé que je ne m’accordais presque jamais de vraies pauses. J’avais beau voyager vers des endroits à couper le souffle, je restais toujours joignable et jonglais entre obligations professionnelles et personnelles. Finalement, j’ai compris que je devais planifier des pauses de manière plus consciente – tout comme tout·e autre professionnel·le.

Depuis quelques années, je me réserve donc tout le mois de décembre pour prendre un congé complet. Pendant cette période, je ne travaille pas, ne réponds à aucun e-mail et désactive toutes les notifications sur mon téléphone. Tout au long de l’année, je prévois également de temps en temps de courtes pauses pour recharger mes batteries.

Pour moi, c’est l’un des plus grands avantages du travail indépendant : la possibilité d’organiser mon emploi du temps de manière à concilier vie professionnelle et bien-être personnel. Cette priorisation consciente du repos a non seulement augmenté ma productivité, mais m’a aussi permis de savourer mes voyages et mes expériences de manière plus intense. Après tout, la vie de nomade digital·e ne consiste pas seulement à être sans arrêt en mouvement mais aussi à trouver un rythme durable qui fonctionne sur le long terme.

 

 

Mission accomplie : La chasse au gaspillage en Corée du Sud

 

 

5. Quand les tâches quotidiennes deviennent un défi

 

En tant que nomade digital·e, on se rend vite compte à quel point des tâches quotidiennes apparemment simples peuvent devenir étonnamment compliquées lorsqu’on se trouve dans un autre pays. Traverser la rue, commander au restaurant ou même ouvrir une porte peut devenir déroutant lorsque les habitudes locales et les systèmes diffèrent de ce à quoi on est habitué·e.

Et si l’on ne parle pas la langue du pays, les choses se compliquent encore davantage. En Corée du Sud, je me suis heurtée à plusieurs de ces défis quotidiens – l’un des plus difficiles étant la gestion des déchets. La Corée attache une grande importance au recyclage et à la réduction des déchets alimentaires, ce qui est parfaitement logique étant donné la variété des accompagnements qui viennent avec chaque repas. Pour limiter le gaspillage, l’élimination des restes alimentaires est payante. En plus des poubelles classiques, il existe des machines spéciales qui ressemblent davantage à des distributeurs automatiques qu’à des bacs à ordures.

Après plusieurs tentatives infructueuses (et avec l’aide de quelques applications de traduction), j’ai finalement compris comment utiliser la carte prépayée pour ouvrir le conteneur et sur quel bouton appuyer pour refermer le couvercle et récupérer la carte.

Ce qui au début semblait être une tâche impossible s’est transformé en une petite victoire. Ce sont souvent ces défis apparemment banals qui rappellent à quel point il est enrichissant de s’adapter à une nouvelle culture.

 

 

6. Un chez-soi, deux chez-soi, aucun chez-soi ?

 

Au fil des années, j’ai vécu dans différents appartements et maisons – et traversé des périodes où je n’avais aucun chez-soi fixe. Autant j’aime découvrir sans cesse de nouveaux endroits, autant j’apprécie le confort d’un lieu de refuge, avec une cuisine bien équipée et un lit confortable qui m’attendent.

La question de savoir où se trouve le véritable chez-soi m’accompagne depuis bien plus longtemps que je ne suis nomade digitale. Avec un père allemand et une mère française, j’ai grandi avec deux cultures. Cette question fait donc partie intégrante de ma vie depuis longtemps. Et pourtant, après une décennie de voyages et de nouveaux lieux de résidence, il n’y a toujours pas de réponse simple.

Ce que j’ai appris au fil des ans, c’est que le chez-soi n’est pas lié à un lieu précis pour moi. C’est plutôt un sentiment qui naît des expériences et des souvenirs que je lie à un endroit. Lorsque je retourne dans un lieu dont les rues, les cafés et les commerces me sont familiers, un sentiment d’appartenance se manifeste automatiquement. Aujourd’hui, il existe d’innombrables endroits dans le monde qui représentent une sorte de chez soi pour moi.

 

 

7. Obstacles à l’immigration et un voyage surprise au Japon

 

Une idée reçue courante sur la vie de nomade digital·e est que nos nombreux voyages nous ont rendus si routiniers que même prendre l’avion ne cause plus de stress. Mais même si j’ai accumulé beaucoup d’expérience en voyage au fil des ans, je peux confirmer : les moments stressants et les petites catastrophes font toujours partie du tableau.

Pour minimiser de telles situations, j’ai développé au fil du temps des stratégies qui facilitent mes voyages. Des listes de contrôle détaillées sur mon téléphone m’aident à garder une vue d’ensemble de tout ce qui est important : ce qui va dans quel bagage, quels documents je dois avoir sous la main et quelles tâches doivent être accomplies avant le départ. Et pourtant, des choses inattendues se produisent encore parfois – comme récemment lors de mon vol de Bangkok en Corée du Sud.

Je voulais m’enregistrer à l’aéroport et ai dû constater que que la compagnie aérienne ne me laisserait pas embarquer sans preuve d’un billet de retour. Pourtant, je savais que je pouvais entrer en Corée du Sud avec un visa de 90 jours et que l’immigration ne demanderait pas de billet de retour (comme cela a été confirmé par la suite). Mais sans billet, rien ne se faisait au comptoir d’enregistrement. Le temps pressait – il ne restait plus que 20 minutes avant la fermeture des enregistrements – et j’ai dû acheter à toute vitesse un billet.

Après quelques minutes de panique, deux paiements échoués et un pouls accéléré, j’ai finalement réservé le vol le moins cher que j’ai pu trouver : pour Osaka. Ce qui semblait d’abord être une contrariété s’est finalement avéré être une aubaine. Non seulement le billet était étonnamment bon marché, mais il m’a aussi emmenée au Japon – un pays que j’aime visiter incroyablement souvent.

Cette expérience m’a rappelé que tout ne doit pas toujours se dérouler comme prévu. Parfois, des détours inattendus nous conduisent vers des endroits ou des expériences qui sont encore mieux que ce que nous avions imaginé au départ.

 

 

Photo de Kai Nagayama à Kyoto

 

 

8. Trouver une communauté

 

Lorsque je travaillais encore dans une clinique ou un cabinet privé en Allemagne, j’avais toujours des collègues autour de moi – des personnes avec qui je pouvais échanger des idées, partager des expériences ou simplement discuter de manière informelle. Mais lorsque je suis passée à une pratique en ligne, ce contact régulier m’a manqué. C’est pourquoi j’ai commencé très tôt à chercher activement des personnes partageant les mêmes idées. J’ai rejoint des groupes de réflexion et des clubs de lecture, et participé à des groupes de supervision à distance.

En 2020, ma collègue Melissa Parks et moi avons décidé de franchir une étape supplémentaire. C’est ainsi qu’est née la communauté des Location Independent Therapists (LIT) – un espace pour les collègues travaillant en ligne dans le domaine de la santé mentale. Ce qui a commencé comme des rencontres informelles avec un petit groupe de réflexion s’est rapidement développé en un réseau mondial de thérapeutes qui s’entraident pour développer leurs pratiques indépendantes et leur travail clinique.

Grâce à LIT, j’ai rencontré de nombreux collègues du monde entier. La communauté est aujourd’hui un lieu où nous pouvons partager nos défis, nos réussites et nos expériences. Pour moi, elle combine le meilleur des deux mondes : mon style de vie nomade avec la camaraderie et le soutien d’un réseau professionnel.

Avec du recul, la création de LIT n’a pas été seulement une décision professionnelle, mais aussi une décision qui m’a personnellement énormément enrichie. Elle m’a montré que la vie de nomade digital·e peut parfois sembler solitaire, mais ce n’est pas forcément le cas – et que des connexions précieuses peuvent naître partout, à condition d’être prêt·e à les chercher.

 

 

9. Un conflit de conscience

 

Un sujet fréquent dans mes consultations en ligne est la gestion des conflits entre différentes valeurs personnelles. Comment décidons-nous quelles priorités fixer, et comment trouvons-nous des compromis ? L’un des conflits intérieurs auxquels je suis souvent confrontée concerne mon désir de vivre de manière durable tout en maintenant le contact avec mes proches à travers le monde. Voyager fréquemment laisse une empreinte carbone significative, tandis que des séjours plus longs à un endroit seraient plus respectueux de l’environnement – mais ce n’est pas toujours possible. Voyager moins pourrait signifier manquer des événements importants comme des anniversaires, des mariages ou des réunions de famille – des moments qui me tiennent particulièrement à cœur.

Même si ce conflit ne disparaît jamais complètement, j’essaie de prendre en conscience des décisions qui respectent mes valeurs. Pour moi, cela signifie acheter des produits d’occasion et locaux, faire attention aux entreprises avec lesquelles je travaille (par exemple en choisissant une banque durable), réduire ma consommation de plastique et privilégier les transports en commun, au lieu des taxis ou des voitures, quand c’est possible. Lors de mes voyages, je choisis de plus en plus des options respectueuses du climat, comme prendre le train de 9 heures de Paris à Berlin plutôt que de prendre l’avion. Lorsque les vols sont inévitables, je veille à réserver des vols directs et à compenser mes émissions de CO₂.

Pour moi, la durabilité signifie trouver un équilibre juste pour moi et comprendre les conséquences de mes choix. Il ne s’agit pas d’être parfait·e, mais de choisir des voies plus conscientes qui reflètent mes valeurs. En fin de compte, c’est la somme de nombreuses petites décisions qui fait la différence – tant pour l’environnement que pour mon bien-être personnel.

 

 

 

10. Maintenir des contacts sociaux en voyage

 

L’un des plus grands défis en tant que nomade digitale – et un sujet fréquent dans mes consultations avec des client·e·s expatrié·e·s – est de savoir comment maintenir des contacts sociaux lorsque l’on est constamment en déplacement.

Le contact avec des ami·e·s « à la maison » peut être difficile lorsque l’on se trouve de l’autre côté du monde. Les différents fuseaux horaires, les rythmes de vie et l’impossibilité de faire une visite spontanée pendant un week-end conduisent souvent à des changements dans les relations ou même à leur détérioration. En tant que personne éloignée, il faut généralement fournir plus d’efforts pour entretenir le contact, surtout parce que tout le monde n’est pas doué pour rester en lien malgré la distance. Mais les relations qui survivent à ces obstacles sont souvent les plus précieuses. Certain·e·s de mes ami·e·s sont eux et elles-mêmes passionné·e·s de voyages, et nous avons donc la chance de nous retrouver régulièrement dans des lieux extraordinaires à travers le monde.

Nouer de nouvelles amitiés lorsqu’on est constamment en déplacement est également un défi. Contrairement aux backpacker·euses ou aux touristes qui rencontrent souvent rapidement de nouvelles personnes dans des auberges ou lors de visites guidées, je vis généralement dans un appartement privé et travaille pendant mes voyages. Néanmoins, je cherche activement des personnes partageant les mêmes idées, que ce soit dans des communautés en ligne, lors de rencontres sur place ou à des conférences. Ces rencontres – que ce soit dans un cours de yoga en Croatie, une conférence en Colombie ou autour d’un café à Adélaïde – comptent parmi les expériences les plus enrichissantes de ma vie de nomade digitale.

Au final, cette vie me montre que les amitiés peuvent naître et perdurer de différentes manières. Ce n’est pas toujours facile, mais les liens qui se développent malgré les défis en valent toujours la peine.

 

 

Une décennie en tant que nomade digitale

 

En regardant les dix dernières années, je réalise à quel point j’ai évolué – non seulement en termes de kilomètres parcourus, mais aussi en termes de croissance personnelle, des leçons précieuses apprises et des merveilleuses rencontres faites en chemin. La vie de nomade digital·e n’est pas un chemin facile. Elle apporte son lot de défis, de tournants imprévus et de moments d’incertitude. Mais chaque aventure, chaque surprise et même les revers ont contribué à me façonner tant professionnellement que personnellement. Aujourd’hui, je suis plus forte et polyvalente que jamais – et j’ai hâte de voir où les dix prochaines années me mèneront !

 

 

 

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Vivez-vous déjà en tant que nomade digital·e ou rêvez-vous de travailler de manière indépendante ? Quelle a été votre plus grande révélation lors de vos propres voyages ou expériences professionnelles ? Ou y a-t-il quelque chose que vous aimeriez savoir sur ce mode de vie ?

Je me réjouis de lire vos commentaires et vos questions !

Pour plus d’informations sur mon travail et la vie de nomade digital·e, vous pouvez vous inscrire ici à ma newsletter en anglais.

 

 

10 ans de nomadisme digital : Leçons d’une décennie en tant que nomade digitale

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